Un chiffre, une règle, un dispositif fiscal : rien n’est figé, tout peut être ajusté. C’est le cas du dégrèvement d’impôt, ce mécanisme qui allège la note pour certains, et du prélèvement à la source, cette petite révolution qui a bousculé le rapport des Français à l’impôt ces dernières années. Naviguer entre ces deux notions, c’est comprendre comment l’État module sa ponction, et comment chaque contribuable peut, parfois, respirer un peu mieux.
Qu’est-ce que le dégrèvement des impôts ?
Le dégrèvement d’impôt, c’est la possibilité d’obtenir une réduction ou une suppression partielle ou totale d’un impôt, décidée par l’administration fiscale. Selon le contexte, on parle aussi d’abattement ou d’exonération, selon le montant et la nature de la mesure accordée. Le dégrèvement peut concerner divers impôts et intervenir dans plusieurs situations. Deux grandes voies existent pour en bénéficier : l’initiative de l’administration, ou la demande du contribuable lui-même.
Le dégrèvement d’office, d’abord : il vous tombe dessus sans que vous n’ayez rien demandé. Il intervient, par exemple, si vous recevez deux fois un avis d’imposition ou si certains abattements sont oubliés lors du calcul de votre revenu imposable. Dans ces cas, l’État ajuste : la somme due fond ou disparaît. De l’autre côté, il y a le dégrèvement sur demande : à vous de signaler une erreur de calcul, un changement de situation familiale ou professionnelle, ou de solliciter une remise gracieuse si votre situation le justifie.
Quels sont les différents types de dégrèvement d’impôts ?
Selon la nature de l’impôt et le profil du contribuable, plusieurs formes de dégrèvement existent. Voici les principales :
- Dégrèvement de la taxe foncière : octroyé sans démarche préalable, ce dégrèvement s’adresse aux propriétaires de leur résidence principale, âgés de 65 à 75 ans au 1er janvier de l’année d’imposition, ou résidant en maison de retraite, sous condition de cohabitation. Le montant ? 100 €. L’administration applique la mesure automatiquement, le contribuable n’a aucune demande à formuler.
- Dégrèvement d’impôt sur le revenu : survenant après un événement marquant de la vie personnelle ou professionnelle (mariage, naissance, divorce, perte d’emploi, baisse de revenus…), ce dégrèvement s’obtient en effectuant une demande d’ajustement du taux de prélèvement en ligne.
- Dégrèvement de taxe d’habitation : accordé aux ménages dont le revenu fiscal de référence ne dépasse pas certains plafonds, il ne concerne que la résidence principale. Le montant varie selon le nombre de parts fiscales : par exemple, 5 038 € pour une part, 7 950 € pour deux parts, 10 862 € pour trois parts, etc.
Qu’est-ce que le prélèvement à la source ?
Depuis le 1er janvier 2019, avec l’ordonnance n°2017-1390 du 22 septembre 2017, l’impôt sur le revenu est directement prélevé chaque mois sur le salaire ou la pension de retraite. Le résultat : la régularisation étalée sur douze mois, et la suppression du fameux décalage d’un an qui compliquait la gestion du budget familial. L’impôt s’adapte ainsi, en temps réel, à l’évolution des revenus. Pour autant, la déclaration annuelle reste indispensable : chaque printemps, il faut déclarer les revenus de l’année précédente pour ajuster le taux de prélèvement.
Comment se calcule le taux de prélèvement ?
Le taux de prélèvement à la source s’appuie sur les informations renseignées dans la déclaration de revenus : montants perçus, personnes à charge, charges déductibles, dépenses ouvrant droit à crédit d’impôt… Une fois calculé, ce taux est transmis par l’administration fiscale à l’employeur, qui l’applique sur chaque bulletin de paie. Dès la déclaration en ligne, chacun découvre son taux, garantissant une adéquation immédiate entre perception des revenus et paiement de l’impôt.
Mais attention, le taux appliqué résulte des revenus de l’année n-2, déclarés au printemps de l’année n-1, puis actualisé en septembre. Par exemple, après la déclaration du printemps 2020, l’administration fixe le montant final de l’impôt sur les revenus 2019 : si un écart apparaît avec les sommes déjà prélevées, il faudra soit régler le solde, soit percevoir un remboursement. Ce système admet aussi des exceptions.
Les travailleurs indépendants, par exemple, ne subissent pas un prélèvement mensuel classique sur fiche de paie, mais règlent leur impôt via des acomptes mensuels ou trimestriels, calculés et collectés par l’administration. Sont concernés : les titulaires de bénéfices industriels et commerciaux, de bénéfices non commerciaux ou de bénéfices agricoles.
Les avantages et les inconvénients du prélèvement à la source
Le prélèvement à la source modifie en profondeur le rapport que les contribuables entretiennent avec l’impôt. Il offre, avant tout, une gestion plus fluide : la charge fiscale se répartit sur toute l’année, ce qui allège la pression au moment du paiement. Pour ceux qui connaissent des revenus variables, comme les indépendants, ce dispositif lisse les à-coups et limite les mauvaises surprises lors du calcul annuel.
Autre point positif : la simplification administrative. Le taux de prélèvement est calculé en amont, évitant au contribuable d’avoir à jongler entre différentes démarches pour ajuster ses versements.
Mais cette mécanique n’est pas sans inconvénients. Le suivi du budget mensuel se complique : chaque fiche de paie affiche un salaire net déjà amputé de l’impôt. Pour certains, l’adaptation demande un effort, surtout lors des premières années. Par ailleurs, les crédits d’impôt (pour travaux, dons, etc.) ne sont pas intégrés immédiatement : le remboursement intervient avec un décalage, ce qui peut déséquilibrer la trésorerie sur une partie de l’année.
Autre difficulté : en cas de variation soudaine des revenus (changement d’emploi, perte d’activité), le taux de prélèvement ne s’ajuste pas instantanément. Une déclaration rectificative ou une demande expresse est alors nécessaire pour éviter de trop avancer à l’État… ou de devoir rembourser un trop-perçu.
Comment demander un dégrèvement d’impôt ?
Pour solliciter un dégrèvement, il faut s’adresser directement à son centre des finances publiques. Deux options : l’envoi d’un courrier recommandé avec accusé de réception, ou l’utilisation de l’espace personnel sur le site du service public. Plusieurs motifs peuvent justifier une telle démarche, par exemple si un crédit d’impôt n’a pas été pris en compte dans le calcul du taux de prélèvement mensuel.
Préparez soigneusement votre dossier : chaque pièce justificative compte pour étayer la demande. L’administration fiscale prendra sa décision après avoir examiné l’ensemble des éléments fournis.
La procédure peut être longue : mieux vaut anticiper et réunir l’ensemble des documents nécessaires pour augmenter ses chances d’obtenir satisfaction.
En cas d’erreur manifeste de l’administration, il est parfois judicieux de se tourner vers un avocat spécialisé dans les litiges fiscaux : ce soutien peut faire la différence devant le tribunal administratif, notamment pour obtenir gain de cause.
Finalement, l’impôt s’ajuste, se module, se débat : mais c’est à chaque contribuable de rester attentif et d’agir en connaissance de cause. Parce qu’en matière fiscale, le temps joue rarement en faveur de l’inaction.



