La retraite ne s’attrape pas au vol d’un simple courrier ou d’un au revoir discret. Elle suppose une mécanique bien huilée, où chaque étape doit être respectée à la lettre : préavis, notification écrite, formalités administratives, tout s’orchestre avec une précision presque chirurgicale. Un salarié qui souhaite tourner la page doit s’aligner sur les mêmes règles que pour une démission, à moins que sa convention collective ne vienne bouleverser la donne. L’ancienneté, le statut, ou encore les accords internes, tout peut influer sur la durée à observer. En coulisse, l’employeur n’est pas en reste : il lui revient également de suivre un parcours balisé, du respect du calendrier aux démarches administratives, sous peine de voir le dossier s’enliser dans les litiges.
Mise à la retraite d’un salarié : ce qu’il faut savoir avant d’entamer la procédure
La mise à la retraite n’a rien d’une formalité anodine. C’est une démarche qui dépend exclusivement de l’initiative de l’employeur, à condition expresse que le salarié ait franchi le seuil d’âge défini par la réforme des retraites 2023. Désormais, sauf exception, impossible de forcer la main avant 70 ans. Avant cet âge, seul le salarié tient les rênes de son avenir professionnel : aucune rupture du contrat de travail ne peut intervenir sans son accord explicite.
Ce point de séparation entre départ volontaire et mise à la retraite dessine deux mondes différents, notamment en matière d’indemnisation. La seconde prévoit, sous certaines conditions, une indemnité plus avantageuse que lors d’un départ à l’initiative du salarié. Mais encore faut-il que la procédure soit irréprochable : lettre recommandée, respect du formalisme prévu par le code du travail, et calendrier précis. Au moindre accroc, la rupture du contrat peut être requalifiée en licenciement, et là, le jeu change de camp.
Depuis l’annonce du projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) 2026, la vigilance est de mise : les partenaires sociaux gardent un œil sur les futures évolutions du dispositif. Âge légal, droits à indemnité, durée du préavis, chaque rouage compte pour garantir la protection de chacun. Impossible de s’improviser expert : l’accompagnement par les ressources humaines ou un conseiller spécialisé reste précieux pour éviter les faux pas.
Qui est concerné et dans quelles situations le préavis s’applique-t-il ?
Le préavis de départ à la retraite ne s’applique pas de façon uniforme à tous les salariés. Il entre en jeu dès lors que le salarié prend lui-même la décision de quitter l’entreprise pour toucher sa pension, à partir de l’âge légal. Ce cadre s’étend aux salariés du privé comme à ceux relevant de régimes spéciaux, à condition de remplir les critères fixés par la réforme des retraites 2023.
Selon la situation, la durée du préavis et les modalités peuvent varier. Voici les principaux cas dans lesquels le préavis s’impose :
- Départ à la retraite sur décision du salarié, que ce soit à l’âge légal ou dans le cadre d’une retraite anticipée (carrière longue, handicap, incapacité permanente, invalidité)
- Mise à la retraite par l’employeur, dès lors que l’âge requis est atteint
- Départ dans le cadre d’une retraite progressive ou de dispositifs particuliers liés à l’incapacité ou l’invalidité
Le préavis reste la règle, sauf si l’employeur accepte une dispense formalisée par écrit. Si le salarié quitte son poste sans respecter ce délai, une indemnisation pourra être exigée. Pour ceux qui partent en carrière longue, le préavis demeure obligatoire, sauf mention contraire dans le contrat ou la convention collective. Chaque situation exige donc une analyse précise, la retraite salarié ne laisse aucune place à l’improvisation, tant la réglementation et les accords collectifs cadrent chaque étape.
Durée du préavis de départ à la retraite : règles et exceptions à connaître
La durée du préavis lors d’un départ à la retraite ne se décide pas au gré des envies. Elle se cale sur celle du préavis de démission, sauf si un accord collectif ou une convention prévoit mieux pour le salarié. Pour un CDI, la durée se décide selon l’ancienneté :
- Un mois pour moins de deux ans d’ancienneté
- Deux mois au-delà de deux ans
Certaines conventions collectives allongent ce délai, notamment pour les cadres, jusqu’à trois mois parfois. En cas de mise à la retraite par l’employeur, le préavis est calqué sur celui du licenciement :
- Un mois si l’ancienneté est inférieure à six mois
- Deux mois entre six mois et deux ans
- Trois mois au-delà de deux ans
La rupture du contrat implique aussi une notification claire, écrite et envoyée dans les temps. Ignorer le préavis expose à devoir verser une indemnité compensatrice, équivalente au salaire brut qui aurait été touché jusqu’à la date de fin du préavis.
Des exceptions existent toutefois. Un départ anticipé pour carrière longue, invalidité ou incapacité permanente peut donner lieu à des aménagements, sous réserve d’un accord clair entre les parties. Un exemple : un salarié en invalidité reconnue souhaitant partir plus tôt pourra négocier une dispense de préavis, mais celle-ci devra être écrite et approuvée par l’employeur. En cas d’incertitude, s’appuyer sur un simulateur ou solliciter l’inspection du travail permet de trancher.
Formalités incontournables pour respecter la législation lors d’un départ à la retraite
La rigueur est de mise lorsqu’il s’agit de quitter la vie active. Le salarié doit informer son employeur par une notification écrite, lettre recommandée avec accusé de réception, ou remise en main propre contre décharge. Ce document, loin d’être une simple formalité, fixe la date de départ et enclenche le début du préavis.
Côté employeur, certaines obligations sont incontournables à la fin du contrat. Voici les principales démarches à effectuer :
- Remettre au salarié tous les documents de fin de contrat : certificat de travail, reçu pour solde de tout compte, attestation Pôle emploi
- Vérifier que la notification de départ à la retraite a bien été remise selon les règles
Pour le salarié, d’autres étapes sont à prévoir :
- Demander un relevé de carrière à l’Assurance retraite afin de vérifier l’exactitude des périodes enregistrées
- Déposer une demande unique de retraite auprès de l’organisme compétent (Cnav, Carsat, MSA, etc.)
- Obtenir une notification de retraite officialisant la liquidation des droits
Les délais imposés par l’administration ne laissent guère de place à l’erreur. Un retard, et le versement de la pension ou la délivrance de certaines attestations peuvent s’en trouver ralentis. Dans les cas plus sensibles, départ anticipé, carrière longue, invalidité, le moindre écart peut freiner l’accès aux droits. Si le doute subsiste sur la date de départ ou les documents à fournir, l’inspection du travail fait office de dernier recours pour trancher.
Au bout du compte, prendre sa retraite relève moins du saut dans l’inconnu que d’un passage de relais soigneusement orchestré. À chacun de composer sa sortie avec méthode, pour que la dernière page du contrat s’écrive sans faux pli.



